Histoire de la nutrition

Weston Price : le dentiste qui a parcouru le monde pour comprendre la santé

Blog VitaminérO · Lecture : 7 min

Vallée alpine suisse, village au pied des montagnes
Les vallées alpines suisses : c'est dans ce type de communauté isolée que Price commence ses recherches en 1931.

En 1931, Weston Andrew Price a 61 ans. Ce dentiste de Cleveland, ancien directeur de recherche de l'association dentaire américaine, ferme son cabinet et entreprend ce qui deviendra l'une des enquêtes de terrain les plus singulières de l'histoire de la nutrition : pendant près de dix ans, lui et sa femme Florence vont parcourir le monde pour étudier la santé des populations vivant encore selon leurs modes alimentaires ancestraux.

Sa question de départ est simple et dérangeante : pourquoi les mâchoires de ses patients de Cleveland sont-elles de plus en plus étroites, leurs dents de plus en plus cariées et chevauchées, alors que les crânes anciens qu'il examine dans les musées présentent des arcades dentaires larges et des dentitions presque parfaites ?

Un tour du monde des peuples isolés

Price visite des communautés que la nourriture industrielle n'a pas encore atteintes : les habitants de la vallée du Lötschental dans les Alpes suisses, les insulaires des Hébrides écossaises, les Inuits d'Alaska, des tribus amérindiennes, des Mélanésiens et Polynésiens du Pacifique, des tribus d'Afrique de l'Est, les Aborigènes d'Australie, les Maoris de Nouvelle-Zélande, et des populations andines.

Partout, il applique la même méthode : examiner les dents, photographier les visages, analyser la composition des aliments consommés. Et partout, il rapporte le même constat : les groupes vivant de leur alimentation traditionnelle présentent très peu de caries et des arcades dentaires bien développées, tandis que les membres des mêmes ethnies passés aux aliments modernes — farine blanche, sucre, conserves — développent en une génération caries, mâchoires rétrécies et dents chevauchées.

Œufs de poules élevées en plein air
L'œuf de plein air, concentré de vitamines liposolubles — typique des aliments que Price retrouvait partout.

Le fil rouge : les vitamines liposolubles

En analysant les régimes traditionnels qu'il observe, Price note un point commun frappant : malgré leur diversité apparente (les Inuits mangent surtout du poisson et du gras animal, les Suisses du Lötschental du fromage cru et du pain de seigle, les Maasaï du lait, du sang et de la viande), tous ces régimes sont massivement plus riches que l'alimentation américaine moderne en vitamines liposolubles — les vitamines A et D notamment, qu'il mesure dans le beurre, les abats, les œufs de poissons, les fruits de mer.

Il estime que ces régimes traditionnels apportaient environ dix fois plus de vitamines liposolubles que l'alimentation industrielle de son époque. Il identifie aussi un composé qu'il nomme « activateur X », présent dans le beurre de vaches nourries à l'herbe jeune — que plusieurs auteurs modernes ont proposé d'identifier à la vitamine K2, sans que cette identification soit formellement établie.

Les nutriments au cœur des travaux de Price

« Nutrition and Physical Degeneration »

Price publie ses observations en 1939 dans Nutrition and Physical Degeneration, un ouvrage de référence illustré de centaines de photographies comparatives. Sa thèse centrale : la dégénérescence dentaire et faciale qu'il observe en Occident n'est pas une fatalité génétique mais la conséquence directe de l'appauvrissement nutritionnel de l'alimentation moderne.

Ce qu'il faut en retenir aujourd'hui — et ce qu'il faut nuancer

Soyons honnêtes : les travaux de Price datent des années 1930, avec les méthodes de l'époque. Ce sont des observations de terrain, pas des essais cliniques contrôlés. Certaines de ses interprétations sont débattues, et une partie du mouvement qui se réclame de lui aujourd'hui va bien au-delà de ce que ses données permettent d'affirmer.

Mais plusieurs de ses intuitions ont été confortées par la recherche moderne :

Price reste une figure fascinante : celle d'un praticien qui, face à un problème clinique, est allé chercher les réponses sur le terrain plutôt que dans les certitudes de son époque. Que l'on adhère ou non à toutes ses conclusions, sa question de départ reste d'une actualité brûlante : que perd-on, exactement, quand on remplace les aliments bruts par des produits transformés ?

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Cet article est fourni à titre informatif et historique. Il ne constitue pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou de prendre des compléments.

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